LES ARTISANS I - Les dentelles

LES DENTELLES


La dentelle est une combinaison de fils travaillés ensemble, existant indépendamment de tous supports. Cette combinaison ajourée est travaillée par la « dentellière » et exécutée à l’aide de plusieurs fils tressés au moyen de fuseaux ou à l’aide d’un fil conduit par une aiguille. D’où deux sortes de dentelles : aux fuseaux et à l’aiguille. Pour les puristes, le tricot, le crochet, le filet, le tulle, la broderie anglaise, la broderie Hardanger, les jours, la frivolité, le macramé, la dentelle mécanique, la dentelle chimique ne sont pas des « dentelles », mais restent des travaux d’art. (Définition de Lefebvre au 19e, confirmée par Mme Risselin des Musées d’arts royaux de Bruxelles). Pour la datation on se reporte aux peintures.

LA DENTELLE AUX FUSEAUX.


Photo du DVD de Bernard Bellevret


La dentelle aux fuseaux se rapproche du tissage des étoffes par l’entrecroisement et le tressage des fils. On a découvert en Egypte des coiffures et des tuniques ayant grande analogie avec le travail des fuseaux. On a même retrouvé des fuseaux encore chargés de fils. Cet art aurait pu être transmis à la péninsule italique à la conquête romaine. Les plus anciennes mentions connues de ce travail se trouvent à Milan en 1493. On le retrouve en Flandre où se développa une industrie considérable et réputée (Malines, Bruges, Binche, Bruxelles…). La France avec l’Italie, l’Espagne, la Belgique partagent l’honneur d’être un des plus anciens et des plus importants pays dentelliers.

La dentelle est considérée comme une invention du 16e siècle. Catherine de Médicis (1519-1589), originaire de Florence, la pratiquait à la cour de France. On parlait aussi de « guipure ». Elle se répandit rapidement en Europe pour se transformer en symbole de statut social. Au 17e, le marché est dominé par le point de Venise et le point de France. Les hommes plus que les femmes aiment embellir leur costume d’ouvrages en dentelle. Ce sera l’inverse au 18e. Vu son prix, Colbert voulut doter le Royaume de France de l’industrie des dentelles aux fuseaux : Aurillac en Auvergne, Le Puy-en-Velay, Craponne. Et cela se répandit. Dans le Nord : Quesnoy, Valenciennes, Lille, Arras. En Normandie : Le Havre avec 20000 femmes de pêcheurs, Caen. En Ile de France : Paris, Chantilly. En Lorraine : Mirecourt. Le 18e fut la période la plus glorieuse. Marie-Antoinette lui donnait sa faveur.

 Cette dentelle nécessite principalement un coussin (appelé encore carreau, tambour, oreiller ou métier), des fuseaux (sortes de bobines avec manche), un patron ou piqué (dessin reporté sur un carton) et des épingles à tête ronde. Le travail se fait toujours avec quatre fuseaux en même temps, soit deux paires. Deux seuls gestes sont nécessaires : Croiser en allant de gauche à droite et Tordre ou Tourner en allant de droite à gauche. Dans la dentelle aux fuseaux, les parties principales du dessin sont travaillées avec des points serrés, tels que le point filet et le point de toile. Les différents points permettent d’identifier l’origine des dentelles.
 
Cf Encyclopédie des ouvrages de dames. Thérèse DILLMONT. Bibliothèque DMC. 19°
Cf Dentelles au fuseau de Cluny. Ed Carpentier. 1999.
Cf L’encyclopédie DMC. Flammarion. 1981


LA DENTELLE A L’AIGUILLE : LE LUXEUIL.

Luxeuil se trouve sur la route des textiles, ouverte dès le Moyen-Age et qui allait des Flandres à l’Italie. Cette dentelle se situe dans la tradition des célèbres dentelles de Venise ou de Milan que Colbert (1619-1683) sous Louis XIV introduisit en France au 17e siècle. Au milieu du 18e, les femmes de Haute-Saône savaient déjà faire le filet italien et certains points de dentelle (Bruges, Milan, Venise). Vers 1850, le tourisme thermal offre le développement de ces métiers textiles.
 
Au début du 20e siècle, plus de 20 000 dentellières, le plus souvent à domicile, travaillaient à réaliser de merveilleuses pièces d’ameublement (rideaux, stores, couvre-lits, nappes, napperons) et de lingerie (robe, corsages, manteaux, cols). La guerre de 1914 freine l’expansion de ce commerce sans l’anéantir. 50 000 brodeuses ou dentellières sont dénombrées en Haute-Saône en 1931. La guerre de 1939 sonne le déclin, ainsi que l’évolution des mœurs et la concurrence. En 1978, la municipalité de Luxeuil crée le « Conservatoire de la dentelle » dit le Travaux (nom patois signifiant la réunion de dentellières bavardes), où les anciennes dentellières transmettent les gestes et les points aux plus jeunes. En 2000, on ne compte plus que 5 ateliers et quelques dizaines de dentellières pour la haute couture. Sur fond de dessin guidant l’ouvrage, un lacet suit arabesques, volutes et motifs floraux stylisés. Le lacet est ensuite agrémenté et soutenu par une grande variété de points à l’aiguille
 
Cf : Les vieux métiers de Franche-Comté. Evelyne Salmon. Delta 2000.
Cf : Dentelles de France. Mick Fouriscot. Bonneton. 2001
Cf : Le Luxeuil. M. Fouriscot & H Morel. Carpentier. 2001



LA DENTELLE A NAVETTE ou FRIVOLITÉ.

 D’origine inconnue, on trouve trace de cette dentelle en France à partir de 1750. Elle a pu être inspirée du macramé dont le travail est très voisin. Elle est réalisée à partir de nœuds successifs ou festons destinés à faire des ronds et des cerceaux ornés de picots. La frivolité nécessite comme instrument de base une ou plusieurs navettes et un simple crochet. Le résultat est surprenant de finesse et de légèreté. De là proviendrait le nom de cette dentelle : frivole au sens de léger, agréable à voir. Elle est employée comme garniture de robe et de manteau ou pour border rideaux et coussins.


LES DENTELLES MECANIQUES.

 Ces dentelles sont réalisées sur des métiers à tisser. Elles sont nées en Angleterre en 1809 et améliorées en 1814 par Leavers. Les machines passent en France en fraude à St. Pierre les Calais en 1816. La première machine française est de 1823 par Noël Dubout. En 1833, Mr Ferguson adapte le système Jacquard, machine à bras. En 1840, c’est la machine à vapeur et la naissance des métiers Rachel pour des dentelles plus épaisses. Naissance du label « Calais ».


LA DENTELLE CHIMIQUE

 Cette dentelle est née en Allemagne en 1883. La broderie s’effectue en coton sur tissus de soie. Cette soie est ensuite trempée dans de la soude caustique et se dissout. Il ne reste que les broderies. Elle permet une très bonne imitation de la dentelle à l’aiguille (Venise). Actuellement, le centre de fabrication de cette dentelle se situe à Saint Gall en Suisse.

Cf : La Racontotte n° 100 Sur les tissus. Pages 43 – 46


Merci à Madame Michèle ANDRE pour sa précieuse relecture de Broderies et Dentelles.